The Make-Up _ Untouchable Sound

The Make-Up _ Untouchable Sound

Après des digressions de goût parfois douteux, je reviens à l'ascétisme de la chronique pure. Et par les temps qui courent, rien ne vaut la forme brute.

Redécouverts sur le tard, oubliés par les vagues successives mais (car?) bien plus qu'un simple remous, les Make-Up nous reviennent dans un ultime ressac.

Poulains un peu marginaux de l'écurie Dischord (les papes du hardcore straight-edge) il y a une dizaine d'années, mais farouches représentants du Do It Yourself et défenseurs d'une certaine conception de la musique, les Make-Up se voient compilés dans ce qu'on qualifiera vulgairement de best of. A ce détail près qu'il s'agit d'un enregistrement live, format très apprécié du groupe, et qui permet la pleine expression de leur talent.

L'Intro pose les bases du son Make-Up : une batterie syncopée aux accents jazzy, une Danelectro survoltée et surtout, l'organe si particulier de Ian Svenonius, showman à piles haranguant la foule à grands renforts de cris stridents, et liant les morceaux comme une histoire, une Bible Noire aux allures de Testament. C'est cette dimension mystique revendiquée qui fait de la scène la meilleure tribune pour le combo.
Par ces aspects, on pourrait trouver un écho actuel chez les catalans de Tokyo Sex Destruction, qui partagent le goût de l'uniforme, l'amour pour la soul, le gospel et ces réminiscences "white panthers" héritées du MC5. Mais toutes ces comparaisons sont injustes dans la mesure où le groupe se suffit amplement à lui-même, et possède un répertoire beaucoup plus vaste.
En effet, au-delà d'hymnes garage bien troussés (Call Me Mommy, They Live By Night), les Make-Up possèdent une rare faculté d'improvisation, d'autant plus intelligente qu'elle sait rester sobre. Ils ne tombent jamais dans le solo putassier ou les tirades dégoulinantes, même sur des passages totalement anarchiques flirtant avec le Captain Beefheart période Trout Mask Replica (Save Yourself)
Malgré leur nom, les Make-Up ne jouent pas d'artifices. Bien au contraire, ils soutiennent une vision primale sans être primaire, un savant équilibre entre décibels soniques et structures d'orfèvres; un minimalisme de façade qui recèle des subtilités qu'on prend plaisir à découvrir au fil des écoutes.
Des morceaux comme Hey! Orpheus, I Am Pentagon ou The Bells avec ses relents hip-hop révèlent un songwriting impressionnant d'inventivité, que ce soit par ses polyphonies piano/orgue-basse ou ses breaks incessants. Il y a chez ce groupe une émulation permanente et une symbiose rare entre ses musiciens. Des éléments blues, psychédéliques (I Am Pentagon, Wade In The Water), électroniques (White Belts) qu'ils s'approprient et subliment.

Evoluant librement par-delà les structures et les schémas pré-établis, entre le baptême et l'orgie, les Make-Up et leur son ne peuvent être et rester qu'intouchables.

Je pose ma plume sur la table en formica blanc.

# Posté le mercredi 22 mars 2006 11:39

Modifié le dimanche 02 avril 2006 10:09

Növovision Lacunaire

Növovision Lacunaire

Vendredi, quand le soleil se couchera et que le Trabendo deviendra un vaste dancefloor inondé de pantins désarticulés, je m'en irai guetter le blues du bayou, les démons du soleil de plomb dans le 20e arrondissement. Moins de paires de jambes, plus de coeur, de tripes aussi, je m'y sentirai plus à l'aise. Par là-même, ça me soulagera de cette fac kafkaienne qui, par son degré exponentiel d'absurdité, finirait presque par stimuler mes zygomatiques engourdis. Mais quand le ciel bas et lourd du 13e pèse comme un couvercle, ma rate fait le yo-yo. Un coup elle sourit, un coup elle aurait plutôt tendance à broyer du noir. Rarement ai-je eu aussi soif de connaissances, surtout de lignes. J'ai besoin d'irriguer ma matière grise, alors je m'injecte frénétiquement le journal d'un vieux dégueulasse, la machine molle, le mode d'emploi du millénaire et autres errances gonzo dans le Nevada. Sans arriver à satiété. C'est moins le cas avec Durkheim, que je lis plus par contrainte, je le concède.

Dans les Inrocks, on s'interroge (c'est de rigueur) sur le PUNK (encore). Article globalisant et vulgarisateur, qui voudrait nous apprendre que le punk (mais bordel, qui a inventé ce mot d'une vacuité insolente?), est né aux Etats-Unis, sur les cendres encore fumantes du psychédélisme et du glam, et en opposition à l'Infâme, le grand-guignolesque rock progressif. Mais définitivement, un Yves Adrien, un Greil Marcus ou un Lester Bangs valent plus qu'une palanquée d'articles, aussi bien pensés soient-ils. Pour la simple et bonne raison qu'un regard rétrospectif sur un phénomène né et mort dans l'urgence (quasi-instantanément en fait, puisque c'est sa propre naissance, dont la date est inconnue, qui a conditionné son extinction) se révèle faussé et obsolète. Pire encore est de le théoriser. Ce n'est qu'UNE réalité perçue à travers le prisme du temps. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle que j'en parle 4 fois sur 5, et qu'à cet instant-même, j'en bavasse encore. Maudit soit le cercle vicieux de l'onanisme intellectuel! Et damnée soit cette veuve poignet cérébrale. Remarquez la contradiction dans laquelle je me vautre consciensieusement.

Je voudrais tellement voir une reformation des Cramps, quoique, réflexion faite, je préfèrerais vivre la mouture originelle. Les Bonnie & Clyde de la série Z. Le live au Napa State Mental Institute, son noir et blanc granuleux et ses vrais zombies dignes de Romero qui se trémoussent de façon totalement anarchique et arythmique. J'y trouve un écho assez pertinent à l'actualité énoncée plus haut. Réceptacle neurasthénique ultime. Mais je ne me galvauderais pas dans une comparaison plus poussée; si je restais dans un registre psychiatrique, ce serait comme confronter Shock Corridor à Vol au-dessus d'un nid de coucou. Intéressant certes, mais fondamentalement stérile, car on a affaire à 2 matériaux radicalement différents.
John Waters aurait dû faire jouer Poison Ivy et Lux Interior, en Faye Dunaway et Warren Beatty sous acide, Ali McGraw et Steve McQueen moulés dans le cuir. Il aurait pu accoucher d'un monstre hybride, difforme, d'une suprême grandiloquence, parsemé de lycanthropes, à mi-chemin entre Ed Wood, Lucio Fulci, la Hammer et Roger Corman. Wayne County, ce travelo proto-glam qui fréquenta un temps la Factory warholienne, new york doll avant l'heure, en caméo. Et Divine échappée de Pink Flamingos de venir épauler ce duo infernal, jusqu'au-boutiste et sans compromis, vagabondant à la vie à la mort sur un chemin cahoteux. A tombeau ouvert.

Vous l'aurez compris, les mots se bousculent, s'entrechoquent, les pensées s'emmêlent, se relient, mutent et fusionnent. Moi aussi j'ai le droit de vomir ma bouillie informe.

Stade de non-sens clinique...Buko, je suis un Homme Frigorifié moi aussi.

# Posté le mercredi 22 février 2006 19:00

Modifié le samedi 25 février 2006 15:24

Vox Populi

Vox Populi

17 jours que je n'ai rien posté, 2 semaines et demi de néant, de rien du tout. Inspiration égarée quelque part dans un tiroir dont je ne trouve plus la clef. Mais aujourd'hui il fallait marquer le coup. C'était ma rentrée ce matin. Comme un gamin retrouvant les bancs de l'école après l'oisiveté des grandes vacances, ensoleillées ou pas, j'appréhendais le retour à cette sacro-sainte "normalité". Ce qui ne m'a pas empêche de rater le premier cours du semestre. Levé du mauvais pied il faut croire. Qu'à cela ne tienne, c'est un nouveau départ. Je me plais bien dans ce rôle d'étudiant libéré du carcan de la prépa, même si le passage éclair en hypokhâgne a éveillé en moi des instincts condescendants assez détestables (fait troublant pour une classe qui prône l'apprentissage de l'humilité). Et forcément, cette reprise s'accompagne de dilemmes, comme ce choix cruel du 8 mai. Parce qu'en dehors de la commémoration de l'armistice, il est une décision difficile à prendre : le 8 mai au soir, Buzzcocks à la Maroquinerie ou Stooges au Zénith? Faisons le point sur les forces en présence.

Dans le coin gauche, les Buzzcocks, la quintessence du single, un gramme de pop dans 2 mn 30 de fix punk. Recette implacable et malléable à l'infini. Pas étonnant de la part d'un Pete Shelley qui a recruté Howard Devoto sur son goût pour le Velvet Underground (il voulait enregistrer une reprise de Sister Ray). Un Pete Shelley aux angoisses post-adolescentes (Sixteen Again, Oh Shit!), à la sexualité incertaine (Ever Fallen In Love?, hymne intemporel), à la voix toujours couinante...
De prime abord, les Buzzcocks, par leur apparente légèreté, font tâche face à une armada de très sérieux punks bien décidés à en découdre (Crass, Sham 69, ...). Ca ne les empêche pas d'avoir un regard pertinent sur le consensus morose du Royaume-Uni de la fin des seventies. Après tout, par les temps difficiles, on ne pense qu'à soi. Les autres? Tant pis. Et le simple sied tout à fait à cet individualisme qu'on aurait tort de nier (ce que nombre de punks philanthropes firent tout de même, s'en mettant au passage plein les fouilles). Injecter de la subtilité à la brutalité punk et vous obtiendrez...du rock indé en devenir.
Quand je parle des Buzzcocks, je pense inévitablement à d'autres groupes suivant la voie punk tout en s'autorisant des écarts salvateurs. Les New York Dolls, et les Clash, forcément, blues et paillettes pour les uns, dub et reggae pour les autres; même si l'engagement politique des Brigades de Strummer leur enlève cette candeur, cette jeunesse qui caractérise les Buzzcocks. Ce monde qu'ils ne veulent pas intégrer. Television et Richard Hell aussi, par leur "préciosité", ce goût coupable pour une culture que le punk a juré d'abhorrer parce que jugée conservatrice. Wire, pour leur vision minimaliste et très arty. A l'inverse d'autres groupes punk de l'époque, leur devise n'est pas "No Future", ce serait plutôt même "puiser dans le passé pour aller de l'avant" (Things don't seem the same the past is so plain, this future is our future this time's not a game - Sixteen Again). On entre dans une nouvelle ère, autant se faire une raison. Certes, nous n'en sommes pas encore à l'Homme-Machine de Kraftwerk (peut-être le groupe le plus punk, assez paradoxalement, mais j'essaierai d'y revenir), mais l'individu se replace au centre. Se réinventer en permanence, aborder chaque titre comme si c'était le premier. C'est plus Sixteen Again, c'est Sixteen Forever. L'adolescence ou la mort. Oh Shit! Pete Shelley, c'est le Peter Pan des lads et autres working class heroes.

Dans le coin droit, Iggy, 59 ans, la peau lézardée par les excès, le roseau qui plie, se craquèle, flirte avec le gouffre mais fait toujours un pied de nez final à une mort qui lui pend au nez, justement. Un bras d'honneur permanent à tous ses détracteurs, et peut-être même à lui-même. L'Iguane qui rôde depuis 1969, année symbolique, année érotique, année apocalyptique, cette année-même où 4 rejetons de la Motor City lâche cette bombe qu'est le premier album des Stooges. L'année suivante, rebelote, Fun House est une passerelle entre les genres (L.A. Blues) et une autoroute paranoiaque vers le punk (TV Eye), mais c'est avant tout la confirmation du chaos. Un rite initiatique. Avec saxophone distordu en prime. Captain Beefheart au pays des psychotropes suintant la mort et le pneu cramé. Je ne me suis jamais remis du choc successif à l'écoute de ces deux brûlots de chair en putréfaction. Et il reste bien sûr Raw Power, trop "Bowie" pour les puristes. Pas que j'en fasse partie, mais il ne provoque pas le même séisme psychologique et physique que le dyptique binaire originel. D'ailleurs, les Stooges n'en jouent aucun morceau en live, pas même le titre éponyme ou Search & Destroy. Le fait que je les ai déjà vus deux fois sur scène pourrait peser dans les débats, je connais la setlist et les morceaux par coeur, mais quand vous vous retrouvez à quelques mètres de la bête, c'est un peu la messe noire, et c'est douloureusement addictif. Le point culminant se situe quelques secondes avant le début du concert, ce point de non-retour, là où commence le combat quasi-littéral pour la survie. Le public se jauge, les yeux se croisent, les pulsations se font plus rapides. Et c'est parti pour 1h30 de déluge masochiste, vrillant les oreilles et débraillant les coeurs. Rien que d'y penser, j'en ferais presque de grands moulinets frénétiques, m'échauffant les mains et foncant vers le précipice.

Définitivement, le choix est trop difficile, trop affectif, tant et si bien que je finirai peut-être cloîtré chez moi, affalé sur un canapé, zappant frénétiquement à la poursuite de l'ennui. Honnêtement, je n'ose y croire, je suis bien trop tiraillé par mes tendances de fan primaire. Sinon, je n'aurais pas trituré ma plume avec autant de verve sur mon petit carnet usé. Dieu merci, je ne suis pas encore blasé.

Blood, Sweat & Tears.

# Posté le mardi 07 février 2006 19:00

Modifié le lundi 13 février 2006 05:38